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Tableaux en attente d'écrits UERA

vendredi 10 juillet 2015

Promenade UERA en Dauphiné - 3


Sur les traces de glorieux aînés - 1


Fort d’une armée de 250 soldats fantassins de la littérature, le général Jacques Bruyas lança une offensive en Dauphiné, le 4 juillet 2015, pour retrouver la trace de glorieux aînés oubliés en terre Dauphine, depuis fort longtemps pour certains. L’enquête s’avérait on ne peut plus difficile car avec la chaleur plus cuisante que les années précédentes et le début des vacances, nous nous retrouvâmes 25 prêts à suivre l’enquête et à chercher des indices.  L’enjeu était de taille, à savoir, renforcer son corps d’armée et l’initier aux leçons à tirer des anciens.
La petite troupe se retrouva place Jean Macé à Lyon, lieu de bon augure pour cette expédition, puisque Jean Macé, créateur de la ligue de l’enseignement, allait nous insuffler une écoute toute particulière pour les apprentissages du jour.  Nous allions forcément suivre ses paroles : "Pour ceux qui veulent la République, la vraie, celle de la liberté, il est bien évident que notre peuple n'en sait pas assez, et que le premier besoin de ce pays est d'être couvert de sociétés d'instruction." L’UERA sera forcément un de ces lieux, en tous cas son général en est intimement persuadé.
La petite unité se tenait donc très fière sur les marches de la mairie de Lyon 7è pour la photo traditionnelle. Le général appela son intendance, mais comme dans toute bataille, parfois des rouages nous malmènent. En effet, le véhicule de transport des troupes ayant un retard certain, le général partit lui-même à sa quête et se trouvant confronté aux services de sécurité, usa de ses capacités de bonne tactique et tout rentra dans l’ordre. 

Les kilomètres défilèrent dans les plaines de l’Ain, quand nous passâmes à Ambérieu en Bugey. L’âme d’Antoine de St Exupéry nous frôla. En effet, en 1912, il passe ses grandes vacances à St Maurice de Remeins. Fasciné par l’aérodrome d’Ambérieu, situé à quelques kilomètres, il s’y rend en vélo et passe des heures à observer avions et mécaniciens. Un jour, il s’adresse au pilote Gabriel Salvez disant que sa mère l’autorise à prendre le baptême de l’air.  Il effectue donc son premier vol. Notre petite troupe, admirative devant cette anecdote, attend avec impatience la première halte pour en découvrir plus sur Antoine de Saint Exupéry, né le 29 juin 1900 à Lyon et disparu en vol le 31 juillet 1944 en mer, au large de Marseille, mort pour la France, écrivain, poète, aviateur et reporter français.
Nous nous recueillîmes sur sa tombe, déposant une gerbe, ayant tous en mémoire ses paroles dans Le petit prince : "Voici mon secret. Il est très simple : on ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux."
Notre premier indice était tombé. Inutile de dire que nous sommes entrés dans Saint Georges de Remeins très émus, village dont Saint-Exupéry fera régulièrement allusion et où il a passé « les meilleurs moments de sa vie. » "Je suis de mon enfance comme d’un pays. Il était quelque part, un parc chargé de sapins noirs et de tilleuls, et une vieille maison que j’aimais."

Chacun avait en lui une idée de cet homme, de ses idées, de sa valeur, mais entrer dans son domaine, marcher sur ses pas, toucher le puits, entrer dans la chapelle, observer ce grand parc, pénétrer dans ces lieux abandonnés et l’entendre presque, le deviner, entrevoir un piano, une machine à écrire... ce petit prince collé à une fenêtre.


Un sentiment de tristesse nous envahit, mais nous apprenons très vite que ce château désormais appartient à la municipalité et qu’une association de sauvegarde et de promotion pour la maison d’enfance de St Antoine de Saint-Exupéry est en place avec plusieurs projets (membres du conseil municipal, bénévoles, adhérents, etc...). Notre général engage alors toutes ses troupes pour un grand soutien et un éventuel partenariat afin que du haut de son âme Saint Ex ne dise : "Le plus triste c’est, d’un chagrin, que l’on se demande est-ce bien la peine. Je vous en ai voulu de me laisser attendre, et non de n’être pas venue." (Lettre à l’amie inventée). Avant de quitter ces lieux, notre général nous rappelle une anecdote de St Ex : "Je possède à Saint-Maurice un grand coffre. J’y engloutis depuis l’âge de sept ans mes projets de tragédie en cinq actes, les lettres que je reçois, mes photos. Tout ce que j’aime, pense et tout ce dont je veux me souvenir.[...] Il n’y a que ce grand coffre qui ait de l’importance dans ma vie." (Lettre à Rinette, octobre 1926)
Chacun pensa sans doute, et moi la première, à son carton, son rayonnage, ou son placard où il a entreposé « l’essence de sa vie » et s’il ne l’a pas fait, il pourrait bien se décider à l’entreprendre.  Nous voici avec deux nouveaux indices qui nous laissent pensif dans les ruelles de ce village aux murs de pierres (galets) et de pisé.

A suivre.
Par Aicha Chérif. (texte et photos)

jeudi 9 juillet 2015

Promenade UERA en Dauphiné - 2

Nous étions vingt et quatre, à attendre, dans la ville caniculaire,

Vingt et quatre, au milieu de la foule lyonnaise, comme dans un désert,

Espérant rencontrer le petit Prince, au détour d'un chemin,

Comme Vladimir et Estragon, dans la prose de Beckett, en ce matin,

Où Dimitri commençait les tribulations d'une journée rocambolesque.



Elle commença par un départ tardif, sous un soleil de plomb,

Nous préparant à nous recueillir devant le caveau d'un aviateur.

Des amis à lui, dans un hommage émouvant, ont coloré le ciel

D'un panache tricolore. La patrouille de France à l'entraînement,

Prouva à tous quelle maîtrise on peut avoir de son appareil.



Saint-Exupéry, à Saint-Maurice de Rémens, aima, sans pareille,

La terre des hommes natale, son parc, son domaine,

A qui, par passion, une association rendra bientôt son âme.

Le petit prince nous sourit, au dessus de la chapelle familiale.

Jacques, au nom de l'UERA, souscrivit d'un commun accord,

Une adhésion en mémoire de l'ami d'un renard au coeur d'or.



Le petit prince terrestre, qui hantait ces lieux, n'empêcha pas

Qu'un voleur de livres ne dérobât argent et romans, mal gardés,

Dans le bus qui nous permit de faire connaissance, au cours de la journée.

Nous étions vingt et cinq, à présent. Dimitri et ses muscles tatoués,

Ayant souffert avec nous, devint notre compagnon de tablée.



Les routes sinueuses et la chaleur accablante,

Rendirent cette épopée poignante comme un pélerinage,

Et sur les traces d'Herriot, ou sur la tombe de Frédéric Dard,

Darda le soleil, comme l'évocation obscène,

D'un bon vivant et d'un amateur de prose rabelaisienne.



De la maison forte où tabous et boutades faisaient les gorges chaudes

De Mauriac, qui loua " la ruse cultivée " d'un maire, maître en rhétorique,

Nous vîmes la roche escarpée, les cascades pantagruéliques,

Et écoutâmes anecdotes et ragots.



En "Français moyens " de tout horizon, tout de go,

Nous gobâmes gobelet sur gobelet d'eau, ainsi que les propos,

De l'équipe talentueuse de Gallimard,

Venue à Brangue, malgré la gangue de chaleur,

Rappeler les liens étroits et passionnés d'un éditeur et de son auteur.



Tout en disposant, derrière le petit pont japonais,

Du plus beau rouge, un bouquet de fleurs,

Sur la tombe ensemencée de Claudel, à l'ombre de son érable pourpre,

Nous immortalisâmes notre visite à l'ambassadeur.



Le souvenir des trahisons d'Ysé, du huis-clos du Partage,

Nous émut au point que nos visages s'empourpèrent,

Et certains, de pudeur, préférèrent s'alanguir dans le Pré

En plein malaise, près du chapiteau de prose,

Où les comédiens jouèrent le drame, au milieu des roses.



L'amant de la littérature se fâchait dans sa correspondance enflammée

Avec un Parisien pygmalion, qui sut céder avec fermeté,

A bon nombre de ses demandes, parfois capricieuses, au nom du talent,

Et nos vingt et quatre membres, sous le charme, complètement,

Rêvèrent d'avoir un jour le culot d'écrire: le chemin du succès n'est barré

Que par un obstacle aisément franchissable. Le château chauffé à blanc

Dégageait un sentiment d'harmonie et de nostalgiques parents

Incarnaient la mémoire d'un écrivain voyageur, diplomate et franc.



Ses répliques, ses sarcasmes, sa verve catholique, avec ferveur,

Prouvaient son enthousiasme et envers Proust, une rancoeur,

Fondée sur des moeurs qu'il jugeait intolérables. Du fond de son coeur,

Il lui était impensable de distinguer l'homme de l'artiste,

Quand bien même il reconnaissait des qualités aux autres sur la liste:

Aragon, Céline, tant de contemporains décriés; l'art est-il inné ?



Ne sommes-nous pas chacun personnages autant que personne ?

Faut-il en déduire que nous nous multiplions à notre guise,

Pour ne paraître que ce que nous voulons montrer, en somme,

En fonction du contexte, du public, et des attractions soumises ?



" La chair contre l'esprit " résume bien cette mémorable journée.

Les corps exsudés ayant souffert à mesure que nos pensées convergeaient

Vers un idéal de l'écrit, adeptes d'éclectisme: de Dard à Saint-Exupéry,

En passant par Claudel, dans nos souliers de Lyonnais,

Les membres de l'UERA ont rappelé que les influences passées

Ont nourri des dramaturges, des poètes, et romanciers,

Comme Jacques Bruyas, humbles et inspirés, sur les traces desquels

Dans cent ans, on marchera peut-être, sous un soleil de plomb...

Par Cendrine Bertani.